Annette

Annette ★★½

Difficile d'émettre un avis construit alors que je sors tout juste de la salle mais comme je ne prétends pas inventer l'eau chaude, je suis relativement peinard.

Tout d'abord, Annette est mon premier Carax. Je ne voulais pas spécialement rattraper ses films qui étaient disponibles sur OCS avant d'aller découvrir celui-ci tout simplement pour ne pas enregistrer trop d'informations d'un coup. Puis j'ai eu quelques bons échos de personnes qui ont fait le même pari que moi alors j'ai opéré pour un statu-quo.

J'ai encore dû mal à savoir si j'ai passé un mauvais moment ou un très mauvais mais tjrs est-il que c'était pas pour une partie de plaisir. Pourtant l'intro m'a donné les poils avec les Sparks et l'une des meilleures compo du film à mon sens mais c'est allé en se dégradant malheureusement. Je n'ai pas du tout ressenti l'amour platonique entre les deux protagonistes et ce n'est pas simplement en me le criant au visage avec la même ligne de dialogue 7 fois que je vais être plus enclin à accepter la situation.

Il y a beaucoup de scènes qui ne ne servent qu'à nourrir la proto-forme du film sans apporter quoique ce soit à son fond et quand je m'investis 2h30 dedans, ben j'aimerais bien être pris dans quelque chose de plus cohérent au bout d'un moment. Je pense notamment aux deux séquences de stand-up menées par Adam Driver: autant la première nous présente le personnage mais la seconde qui s'étale sur un temps infini pour quasiment rien ne nous dire ? La scène du bateau qui me semblait passionnante par la bande-annonce est en fait symptomatique du film à mon sens: sans-cesse bouffé par son envie d'en faire trop formellement parlant, Carax oublie de présenter des idées qui se suivent décemment. Je garde néanmoins paradoxalement comme beaucoup la séquence du chef d'orchestre, qui plongée dans d'innombrables amas, demeure jolie et extrêmement bien foutue (d'un pdv strictement technique).

Là où je suis plus étonné, c'est dans le montage d'ailleurs. Jusque-là si la forme est exacerbée, elle a le mérite d'être intéressante à bien des égards. Mais le montage est immonde. L'idée du cadran télé pour les transitions me semble plus paresseuse qu'autre chose (non pas que Carax l'ait été, mais c'est ce qui en dégage). Ça manque terriblement de finesse mais j'étais quasi heureux de le voir parce que l'histoire faisait des bons en avant sans trop se poser de questions. Les 50 fondus en noir sont encore plus incompréhensibles et alourdissent constamment le rendu visuel alors qu'il y avait bien souvent une manière plus smooth d'opérer la transition mais je vais juste la fermer parce que j'ai 22 ans.

Enfin, le film est dense. Il aimerait être dense et il pourrait l'être s'il n'était pas "sans limite" à tjrs étaler ce gigantisme. Certes, on voit la destruction d'un couple via les médias, ça interroge la relation star-spectateurs-presses. On voit cet homme minable se nourrir en permanence de choses qu'ils rêveraient d'avoir pour tjrs mais qu'il ne sait pas comment garder: sa femme, sa fille. Il les aime, il les aime d'un amour si fou qu'il en devient destructeur: OK. Les répercussions sur leur fille sont évidemment visibles tt le long du métrage et manque un peu de finesse mais à la limite ça donne une jolie séquence de fin. Il y a pleins de choses que j'oublie encore dans ce film, mais j'ai surtout l'impression que tout est traité avec une certaine superficialité et où la grandeur formelle des séquences devait nous faire oublier la quasi-vacuité des éléments qu'on nous présente.

ps: écrire c'est avant tout cathartique et ici ça m'a bien servi. À voir comment ça mature dans mon esprit et j'ai dû oublié pleins de choses mais l'essentiel est là.

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